Pour louper l’école (je ferais n’importe quoi)

Cette chanson d’Aldebert, nous l’entonnions gaiement dans notre camion.

C’était en juillet 2013, juste après avoir quitté notre maison lilloise et mon poste de chargée de mission.

Elouan avait 4 ans et Anouk en avait 2.

Nous sillonnions les routes de France, à la recherche du territoire dans lequel nous poserions nos valises et construirions notre Oasis.  Les CD d’Aldebert ont rythmé les longues heures sur la route.

L’école en voyage

En ce qui concerne la scolarisation de nos enfants, nous nous engagions à ce moment là vers l’Instruction en Famille (autrement appelée Ecole à la maison), après une année de Petite section inconfortable pour notre aîné et pour nous.

En quelques semaines, il avait des accès de violence incontrôlables, envers nous ou envers des objets de la maison. Dès que quelqu’un frappait à la porte, il courait se cacher sous la table, comme si l’adulte représentait dorénavant un danger.

Nous avons essayé d’échanger avec son institutrice de l’époque, sans succès.

Nous avons tergiversé toute l’année, entre faire confiance, le laisser vivre un an complet dans cette classe, et le retirer de là avant que les dommages soient trop grands.

Avec notre départ sur les routes, le « prétexte » pour le retirer de l’école sans avoir à subir des dizaines de questions était tout trouvé. Et nous avons juste réappris à vivre à 4 au quotidien. Un peu de travail formel, mais juste la vie, c’était suffisant pour grandir et s’épanouir.

Il nous a fallu du temps après sa déscolarisation pour qu’il retrouve sa joie de vivre, et son envie d’apprendre. Et malgré notre amour inconditionnel pour notre fils, je me demandais parfois si effectivement tout cela n’était pas un peu « de sa faute » comme le suggérait régulièrement son enseignante.

L’instruction en famille

Avec le tour de France que nous avons réalisé, ma troisième grossesse, et l’arrivée dans la Drôme, nous avons vécu deux ans d’instruction en famille.

Après que Sibylle a rejoint notre famille, nous avons réussi à trouver une sorte de routine mêlant Activités Montessori et apprentissages informels / autonomes. Elouan était en demande d’un cadre plus structuré, et dès que le rythme de sa petite soeur nous l’a permis, nous avons essayé de calibrer nos semaines pour alterner des temps d’ateliers dans notre maison et des activités variées (cuisine, sorties nature, médiathèque). Anouk n’avait que 3 ans, elle jouait énormément, et profitait de son temps comme elle le voulait.

Et sinon, on travaille aussi quand Sibylle nous laisse un peu de répit en journée #montessoriathome #montessoriàlamaison

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Lorsque j’ai souhaité travailler en école Montessori, nous avons discuté en famille. Nos deux grands ont alors exprimé le souhait de retourner à l’école, principalement pour se faire des copains. Cela faisait un an et demi que nous vivions à Crest et notre réseau social était encore limité. Les enfants et moi avions envie de voir d’autres personnes plus régulièrement que les rencontres de famille pratiquant l’instruction en famille sur le territoire le permettaient.

Elouan a alors repris le chemin des écoliers. D’abord en école du 3ème type / démocratique, puis l’an dernier dans ma classe.  Anouk notre cadette, a fait ses deux dernières années de maternelle dans l’école où je travaillais. Un an dans ma classe et un an avec d’autres éducatrices.

J’avais partagé sur Instagram l’ambivalence d’être à la fois maman et maîtresse. Les joies partagées lorsque je voyais mes enfants découvrir, s’émerveiller, persévérer, réussir. Et les crispations que pouvaient créer chez moi leurs colères, leurs échecs, ou leur attitude. Pour autant, je trouvais incroyable d’avoir la chance de partager le quotidien de mes 2 puis 3 enfants, dans une école où je n’étais pas la seule référence académique pour eux.

Le retour à l’école publique

Les mois ont passé, et nous avons compris cet été que nous ne pourrions continuer à les scolariser en école privée. Nous avons réfléchi un moment à la possibilité de reprendre l’instruction en famille, mais

  1. La taille de notre logement
  2. Notre besoin de développer des activités rémunératrices rapidement, et donc d’avoir du temps disponible
  3. Mon état de santé général (je ne suis pas encore remise du burn-out)

nous ont aidés à prendre la décision de réinscrire les enfants à l’école. Nous avons donc fait le choix de l’école publique de notre village, si prospère qu’une extension a été construite l’an dernier.L’équipe pédagogique nous avait été présentée en très bons termes par d’autres parents, et c’est donc en confiance que nous avons amené nos enfants le 4 septembre.

Pour l’instant tout se passe bien.

Sibylle demande tous les matins si c’est bien un jour où elle peut aller à l’école.

Anouk et Elouan ont encore quelques appréhensions, mais ils se sont très vite adaptés au fonctionnement « classique » de leurs enseignants, même si j’observe avec bonheur les efforts pour faire évoluer la façon d’apprendre des enfants.

Ca ne nous empêche pas de continuer à chanter Aldebert de tout notre coeur, et on a hâte d’écouter le 3ème volet d’Enfantillages qui sort ces jours-ci… Je vous laisse regarder ce clip si vous avez quelques minutes détente devant vous, le premier clip du nouvel album !

Et pour vous, comment s’est passée cette rentrée ? Que vos enfants soient scolarisés ou non, racontez-moi tout dans les commentaires !

Gratitude

Hier j’ai parcouru mon fil Facebook d’un oeil distrait pendant que j’attendais que ma dernière s’endorme. je suis tombée sur l’article de Julie du Zunzun blog, qui faisait écho à celui de Soline du blog S’éveiller et s’épanouir de manière raisonnée.

Le filtre des réseaux sociaux

Elle y explique qu’on ne dévoile sur internet le plus souvent que les bons moments de nos vies, les moments « instagrammables ». Les sourires de nos enfants, leurs premières fois, ces recettes réussies, et nos voyages au bout de la Terre…

Il est plus difficile de partager nos échecs et nos épreuves, qu’il s’agisse de recettes ratées (merci à Ciloubidouille de partager ses fails), ou de partager des événements traumatisants comme La mite Orange a eu le courage de le faire (son billet m’a fait frissonner et pleurer).

Virtuellement, tout ALLAIT bien

Je pense, en ce qui me concerne, avoir consciemment ou non suivi cette tendance, mais pas seulement sur les réseaux sociaux.

Ces dernières années, pendant que nous montions le projet de l’Oasis, que nous nous intégrions dans une nouvelle région et que je démarrais une nouvelle carrière d’éducatrice Montessori, j’ai commis les erreurs suivantes :

  • répondre « ça va » en serrant les dents, quand on me demandait comment j’allais
  • refuser l’aide qu’on me proposait
  • accepter trop souvent de rendre service à des amis quand cela ne faisait que repousser mes limites
  • négliger de garder contact avec ma famille et mes amis (mea culpa)

Résultat, quand j’ai pris conscience que je n’allais vraiment pas bien cet hiver, je m’étais enfoncée trop loin dans les dissimulations pour demander de l’aide.

Et quand j’ai explosé, au printemps, je n’ai plus eu le choix.

Lacher prise, être authentique

J’ai accepté de partager ce moment complexe à gérer personnellement, familiale ment, professionnellement.

J’ai pleuré au téléphone, et sur l’épaule des amies.

J’ai accepté l’aide qu’on me proposait, et j’en ai demandé plus.

Me faire inviter à manger, laisser quelqu’un étendre mon linge, accepter que mes enfants dorment chez des copains ? Oui, mille fois oui, si cela me permettait d’alléger un peu mon quotidien, de gagner quelques heures de sieste et de me ménager.

Je me suis montrée vulnérable, et j’ai bien fait. Vous savez pourquoi ?

Parce que j’ai montré que j’étais prête à accepter de l’aide, toute l’aide possible. Et c’est à ce moment là que j’ai été touchée. Touchée en plein coeur par l’amour qu’on m’a renvoyé.

Des coups de fil, des courriers, des petits textos réguliers, des mails, des invitations à déjeuner, à dormir, à me former, à danser, des longues discussions, des billets de train pour aller me ressourcer en famille, de l’aide pour partir en vacances avec Sam et les roudoudous, des visites à l’Oasis programmées et impromptues… La preuve d’amour la plus dingue dans tout cela, c’est celle qui me permet de m’évader de l’Oasis quelques jours à Chicago dès demain (oui, oui, Chicago !) et de passer du temps avec un vrai rayon de soleil ambulant.

Gratitude

Si je n’avais pas montré ma détresse, ma colère, ma tristesse de manière aussi transparente, je pense que j’aurais pu continuer un moment à faire semblant. Faire semblant d’aller bien. Mais c’est seulement parce que j’ai avoué que j’allais mal que j’ai pu me laisser aider. ou me laisser aimer.

J’ai compris que demander de l’aide ne revenait pas à demander la charité et je suis pleine de gratitude pour cette belle leçon (parmi tant d’autres) de cette année 2017.

Et j’ai réalisé que malgré les années qui passent et les kilomètres qui nous séparent, certaines amitiés sont plus solides que ce que je pensais.

Je suis aussi extrêmement reconnaissante envers Sam, qui m’a accompagnée dans ce tourbillon aussi bien qu’il l’a pu. C’est lui qui me pousse à prendre soin de moi d’abord, à me former, à me ressourcer et à partir en voyage seule. Il sait souvent avant moi de quoi j’ai besoin pour aller bien.

 

Et La suite ?

Je me suis promis d’être plus honnête, avec moi-même et avec vous.

De vous partager mes réussites, mais aussi mes échecs. Mes convictions, et mes doutes.

Je compte sur vous pour me rappeler à l’ordre quand je posterai trop de photos mignonnes sur Instagram, pour me poser les questions qui me font réfléchir et prendre du recul.

Il paraît que prendre conscience de nos moments de gratitude aide à améliorer globalement son bien être. Alors, pour finir ce long roman, une petite question : pour quoi ou pour qui ressentez-vous de la gratitude, là, maintenant, tout de suite ?

 

Bonjour tout le monde !

Et voilà, après un premier blog « Initiatives durables et responsables » démarré en 2005, puis « les chemins de serendip » démarré en 2012 et principalement alimenté pendant notre tour de France, voici les Chemins de Serendip Version 2.0.

Nouveaux contenus, nouvelle déco, nouvelles envies de partager… assez logique, après les changements dans notre vie ces dernières années.

Pour ceux qui ne me connaissent pas bien, je me représente rapidement avant de me remettre à écrire.
Je suis Jessica, trentenaire, mariée à Samuel et maman de 3 roudoudous aussi différents que semblables : Elouan, Anouk, et Sibylle.
Sam et moi sommes à l’origine du projet de l’Oasis de Serendip, et je suis actuellement éducatrice Montessori dans une classe primaire multi-âges dans la Drôme.

Au programme : des billets en lien avec l’éducation, la vie dans la Drôme, et au sein d’une Oasis, des coups de coeur jeux ou livres…